LES NOTES DE L’INESG 01 (2015)
Dr. Liess BOUKRA

La chute du prix des hydrocarbures est la conséquence d’une augmentation de l’offre résultant d’une forte hausse de la capacité mondiale de production de pétrole, avec en particulier celle des Etats-Unis, qui a connu une croissance sans précédent de la production de pétrole de schiste, du retour sur le marché de la Libye et de l’Irak, des nouvelles découvertes de pétrole en offshore en Méditerranée orientale, de l’arrivée sur le marché de nouveaux producteurs africains (par exemple le Mozambique) et d’une diminution de la demande mondiale, en particulier celle de la Chine.

L’ensemble du marché comptait beaucoup sur l’OPEP pour rétablir les équilibres et enrayer la chute des prix, et surtout sur l’Arabie saoudite pour réduire sa production. D’autant plus que les dirigeants saoudiens n’ignorent pas que leur pays pâtira, autant que les autres pays exportateurs de l’OPEP, des contrecoups désastreux de leur stratégie.

Quelles pourraient être les raisons ? Certains ont évoqué une entente entre Washington et Ryad ayant pour but de faire plier les Russes et les Iraniens, afin de les contraindre à négocier à l’endroit du problème ukrainien, pour les premiers, et sur le dossier nucléaire, pour le second. D’autres y ont vu plutôt la volonté de l’Arabie saoudite, d’une part, de défendre ses parts de marché et reprendre le contrôle de la production pétrolière mondiale, et d’autre part, de conserver sa rente à moyen terme, en faisant reculer les investissements des producteurs de pétrole non conventionnels de coût de production élevé.

Il se pourrait, également, que l’Arabie Saoudite agisse pour son propre compte, afin de conserver ses parts de marché en enrayant l’ambition américaine de s’affranchir de leur dépendance à l’égard de son pétrole. Si un tel scenario venait à se réaliser – les USA devenant non seulement auto-suffisants, mais aussi exportateurs de pétrole vers 2018-2019 – les séquelles sur l’Arabie Saoudite seraient catastrophiques. Le Pacte de Quincy deviendrait ainsi caduc.

L’Algérie, quant à elle, est fortement dépendante des revenus de ses exportations des hydrocarbures. Elle est dans une situation d’extrême vulnérabilité, menacée par un « heurt externe » et des tensions internes, susceptibles de compromettre sa pérennité en tant qu’Etat-nation. La persistance de la rente, comme forme principale de revenu, est un coefficient de blocage, qui annihile toute tentative de s’en affranchir. En résumé, la crise est une crise systémique, qui trouve sa source dans l’échec de ce modèle de croissance, construit sur l’hypothèse d’une éventuelle conversion de la rente (pétrolière/gazière) en facteurs de croissance socio-économique.