LES NOTES DE L’INESG 04 (2015)
Dr. Liess BOUKRA

Le contenu fondamental du nouveau contexte géostratégique mondial n’est pas une situation de prospérité mondiale partagée ou de paix universelle, mais une situation de « désordre mondial programmé » et de « guerre à prétentions rédemptrices ». C’est une nouvelle ère de « recolonisation » qui commande la destruction des configurations stato-nationales au profit des diverses formes de solidarité infranationales (religieuses, ethniques, tribales, linguistiques, etc.) à des fins réviviscences de rentes de monopole. Par ailleurs, la logique de la « guerre froide » subsiste toujours dans cette entreprise de redécoupage des frontières, qui prélude un nouveau partage des territoires africains et moyen-orientaux.

Au plan géostratégique régionale, l’Algérie est au cœur de quatre ensembles géopolitiques : le Maghreb, l’intervalle Middle East North Africa (MENA), l’espace méditerranéen, et à la bande sahélo-saharienne. Ainsi située aux confluences stratégiques de trois continents, l’Algérie est un acteur incontournable pour la stabilité de la région. C’est un pays qui jouit de la caractéristique non négligeable d’unir en son sein les dimensions ethniques et culturelles suivantes : berbère, musulmane, maghrébine, arabe, africaine et méditerranéenne. Cette apparence plurielle lui permet d’être active dans nombre d’organisations régionales et internationales (UMA, OCI, UA, NEPAD, 5+5, etc.) face à de nouveaux défis et des menaces hybrides où la coopération et la coordination régionale est une nécessité pour les Etats. Au Maghreb, au Sahel ou en Méditerranée la sécurité des uns est intimement  amarrée à celle des autres.

Les États-Unis, la France et d’autres puissances occidentales sont impliqués dans le déroulement des faits dans la région, les intérêts des uns face à ceux des autres, outre ces acteurs occidentaux, trois autres acteurs interviennent également dans l’intervalle géostratégique de l’Algérie : le Maroc, le Qatar et l’Arabie saoudite dont les impacts de leurs stratégies inféodées aux intérêts occidentaux représentent une véritable menace pour le pays. Désormais, ces menaces hybrides : terrorisme et activités criminelles organisées sont les deux facettes d’un même péril susceptible de déstabiliser un Etat. L’exacerbation des tentions tribales et religieuses sur fond de rivalité régionales et d’ingérences étrangères entrainant le risque d’une longue période d’instabilité. Dans ce contexte, l’Algérie est face à une période d’incertitude et d’instabilité.