CONFLUENCES INTERNATIONALES 4 (2015)
M. Ammar Belhimer

Le « Printemps arabe » a impacté l’Algérie en quatre points :

1. Le développement de l’aversion à la violence conséquemment au lourd tribut payé au cours de la
décennie rouge ;
2. Le relâchement de la discipline budgétaire pour « déligitimer » la revendication sociale ;
3. La contraction des libertés (pour rendre maitrisable la situation) ;
4. L’ajournement des impératifs de sécurité juridique, qui assurent la transition d’une régulation par la
violence à une régulation par les normes et les institutions.

D’un récent sondage effectué par Arab Barometer, qui se propose de répondre à la question : « L’Algérie a-t-elle échappé au «Printemps arabe ?», Michael Robbins tire cinq grands enseignements :

1. Les Algériens soutiennent une amélioration de la situation de leur pays. La lutte contre la corruption
est leur seconde préoccupation après l’amélioration des conditions de vie ;
2. Ils sont majoritaires dans leur appréciation positive de l’action du gouvernement Sellal ;
3. Ils sont plus nombreux à soutenir vivre dans un Etat de droit et de libertés ;
4. Ils sont très peu nombreux à adhérer aux activités des partis politiques ;
5. De plus en plus d’Algériens trouvent plus sage de séparer les sphères religieuse et politique ; ils sont
également plus nombreux à souhaiter, que les leaders religieux n’influent pas sur les élections. Le
fondamentalisme religieux, comme facteur structurant de l’espace public, semble relever du passé.

L’amélioration de l’indice de satisfaction des Algériens est rapportée à l’élévation de la dépense publique au lendemain du « Printemps arabe » :


  • augmentation de 34% des salaires de la Fonction publique ;

  • accroissement des subventions à la consommation et au logement ;

  • renforcement du dispositif de crédit en faveur des jeunes, etc.

Cet effort de distribution a été entrepris dans un contexte macroéconomique pas trop favorable avec une croissance du PIB d’à peine 3% et un taux de chômage en légère augmentation (11% en 2011, contre 10% en 2010).

Le recours sans cesse croissant à la fiscalité pétrolière pour couvrir la dépense publique, principal moteur de la croissance, est à haut risque. Les revenus générés par la ressource naturelle devraient être investis et non consommés.